dimanche 31 janvier 2016

Nouvelle ouverture en dry tooling - "Prince volant" 200m D6 max

Apparement la saison de glace touche à sa fin. Après 10 jours de grand froid et de grimpe intense dans la vallée de Freissinières, nous voilà sur les dents. Et surtout en manque de glace raide pour des clients avide de cette sensation.
Du coup, ayant toujours sous la main Pierre CHAUFFOUR, le photographe en quête de vidéos et photos de mixte climbing ou dry tooling, je lui propose d'aller ouvrir une nouvelle voie de dry tooling dans la même face que "Biaysse ta culotte" ouvert en 2012 par les guides Fred et Jonathan.
L'idée est lancée. Le programme est simple, faire une voie accessible pour tous. Mais quand on voit le profil de la face, le défi va être dur à réaliser.
Jour 1: on part du bas, classique. Première longueur pas trop raide sauf la sortie avant le relais. D5+ 9 pts
Prévoir des sellettes pour le relais, car il est plein gaz!!!
On attaque la seconde longueur. La plus jolie, sur une proue rouge en gros dévers. 8pts plus haut nous voilà au relais. Plus de batterie on plie bagage.
Jour 2: Avec Zabou comme cobaye, on décide de venir tester les 2 premières longueurs. Pour cela, Pack viendra nous donner un coup de main. Avec Pierre, ils partiront en éclaireur pour finir la seconde longueur et commencer les suivantes avant notre arrivée.
Grimper dans cette deuxième longueur ne laisse personne indifférent. 100m de gaz sous les pieds, pendu sur les piolets sur une proue magnifique. Que du bonheur. Un bon D6.
Jour 3: je décide d'emmener mes deux clients dans cette voie par manque de glace. On verra vite si notre défi d'ouvrir une voie pour tous est réalisé.
Même s'ils ont souffert un peu, ils seront ravis de cette expérience unique et repartiront avec des photos aà couper le souffle.
Jour 4: cette fois en mode grimpe entre guide et photographe uniquement. Juste histoire de confirmer cette belle voie, et de la peaufiner pour la rendre grimpable à 100%
Un nom sortira rapidement " prince volant". L'histoire est simple, un paquet de gateau "prince" pour 2 cordées. Vu que tout le monde en voulait, on a du se "lancer" les gateaux... Bref il y a eu plus d'échecs que de réussite.
Voilà comment passer 4 jours dans une face nord, et donner vie à une voie magnifique.
Merci à Pierre et Pack Zabou pour l'ouverture, et merci surtout à Isabelle et Martial pour la première répétition de cette voie en mode "clients"













samedi 30 janvier 2016

"Border Line" mixte climbing à Freissinieres

Le froid s'est installé, mais plus pour très longtemps. Vite arrivé et aussi vite reparti.
Du coup on profite encore du temps froid pour continuer notre semaine de cascade de glace et de mixte climbing.
Après "New génération", nous voilà dans Border Line, Une ligne ouverte par Fred et Jonathan décembre 2014.
Cette ligne se trouve juste au dessus de Paulo folie au parking de Dormillouse. 30 min d'approche depuis le parking par la voie de descente de Paulo folie.
2 possibilités pour attaquer. Choix un la glace quand elle est en condition. Cette année, c'était encore très fragile, on a pu la gravir uniquement en moulinette. Impossible de poser de bonnes protections pour grimper en tête.
Choix 2, par le mixte 10m à droite de la glace. 2 spits en place pour sécuriser la longueur. Très technique car peu de prise franche, et difficile de mettre de bons points. Un bon M8 qui reveille.
Seconde longueur toujours aussi magnifique. Une grande traversée de 25m sur la gauche avec de fin placage, de bonnes fissures, puis on arrive dans une grosse fissure. L'an dernier on l'avais gravi avec les mains en posant les friends 5 et 6. Cette année la fissure était entièrement en glace, et la pose de friends était impossible. Juste une micro broche ancrée de moitié à "sécurisé" la progression. M5+
La troisième longueur, et un court passage bien déversant pour attraper une chandelle de glace. Cette longueur est toute spitée, mais c'est certainement la plus physique, M8
On aura eu encore la chance de partager cette belle journée avec notre photographe Pierre CHAUFFOUR qui continue de faire des images pour le film "Génération dry" qui devrait sortir l'automne 2016.
On à hate de voir les images !!!


samedi 23 janvier 2016

"New Generation", une ascension trois étoiles !!!

Juste après l'Ice Climbing Ecrins qui se déroulais du 14 au 17 janvier, un photographe au nom de Pierre Chauffour nous contact pour faire quelques images en glace et mixte. En effet ça fait déjà un an qu'il film plein d'athlètes en Europe pour son projet de film "Generation Dry" qui sortira l'automne prochain.
Il était dans les environs alors, il nous a appelé pour savoir si nous étions disponibles pour quelques journées.
Il a tout le matos pour faire du bon travail, appareil photos de ouf avec plein de zob'jectifs de paparazzi et aussi chose peu commune pour ce genre d'aventure un drône.
Nous avons foncé sur l'occasion car il y a quelques voies de choix en conditions en ce moment et ce serais dément de faire des images avec un drône, au vue de l'ambiance et du gaz de la voie.
Notre choix c'est donc naturellement porté sur "L'ensemble de Mandelbrot" avec sa connection en dry "New Generation". On est pile dans le thèmes du film.







mardi 27 octobre 2015

Ouverture goulotte Le Prestige des Ecrins – Pic Sans Nom-Face Nord



Cela fait 10 mois que la vision de cette goulotte nous hantait l’esprit.
C’est en janvier dernier que les guides d’Écrins Prestige, Frédéric DEGOULET et moi même, sommes tombés nez à nez avec cette ligne de glace parcourant toute la face nord du Pic Sans Nom, alors que nous redescendions de la goulotte Marshall’Ombre.
Malheureusement, quelques jours après, la neige faisait son apparition mettant un terme à ce projet.

Ce n’est qu’en Octobre 2015, lors d’un retour de la goulotte Grassi, que Nicolas DRAPERI nous fit passer une photo de la face. A notre grand bonheur la goulotte s’était reformée dans son intégralité.

La motivation et le créneau météo étant là, il ne nous restait plus qu’à trouver un troisième joueur pour partager les joies d’une ouverture en face nord. Reformer le même trio qui avait sévi cet hiver en face nord de Gramusat lors de l’ouverture, « A trois c’est mieux« , nous paraissait être idéal.

Benjamin BROCHARD serait de l’aventure, l’équipe d’Écrins Prestige allait être à nouveau réunie..!
De nos jours, penser trouver une ligne vierge dans le massif des Écrins est chose rare, surtout avec les féroces montagnards avides d’ouverture qui jalonnent nos contrées. Pour cela on fera profil bas, durant la préparation et l’endroit de notre périple.

Départ ce lundi 19 octobre 2015, à 8h du Pré de Madame Carle, direction le pied de la face, pour environ 3h de marche avec de bons gros sacs.
Nous partons pour un objectif de 2 jours de grimpe et une nuit en paroi. La face ne faisant « que 1000m », nous pensons sortir des difficultés le premier jour, et dérouler le second jusqu’au sommet.

Les premières longueurs vont vite nous rappeler que le rocher de l’Oisans ne nous laisse pas trop de possibilités de protection, et ralentit nettement l’ascension. Bilan de la première journée, 5 longueurs dont la seconde particulièrement démente à grimper et à protéger pour un total de 5h de grimpe. On trouvera un emplacement de bivouac idéal dans la roture (cavité, créée du fait de la gravité, entre le pied de la paroi rocheuse et la fin de la pente de neige). Un grand luxe avec tout le confort pour passer notre première nuit en pleine face nord. Pendant que Benjamin fixe la prochaine longueur, nous confectionnons le bivouac, et profitons d’un couché de soleil exceptionnel sur le massif du Mont Blanc.
Au menu du soir, 4 lyophilisés, du thé, et une petite tartelette. On gardera 1 lyophilisé, fromage, jambon et un bout de pain pour notre « dernier » jour.

Second jour, levé à 6h45. Une nuit « pas pire », malgré quelques spindrifts (petite purge de neige poudreuse…) infiltrés dans nos duvets. Une fois le matériel rangé, le petit déjeuner pris, on part pour notre soi-disante dernière journée dans la face. Benjamin se met à l’œuvre et enchaîne les nombreuses longueurs de glace/neige. Rien de techniquement éprouvant mais la face n’en finit pas. Pratiquement toutes nos longueurs seront entre 50 et 55m. Dans ce rocher compact, ce n’est pas facile de trouver de quoi faire de bons relais pour hisser le sac, on passe pas mal de temps pour mettre de bonnes protections et la glace n’est pas assez épaisse pour poser des broches.

On arrive au second passage clé de la face. La jonction entre le bas de la face, et « l’araignée » suspendue en plein milieu. Sur les photos, cela ne nous inspire pas beaucoup. La glace nous parait très fine, voir inexistante, le passage en rocher incertain, bref on doute pas mal. Arrivés au pied du bastion rocheux, Frédéric prend le relais, et s’attaque à la première longueur en rocher. Magnifique passage de 25m en légère traversée à gauche. De là on hésite à partir à gauche, où le rocher parait plus couché, ou continuer tout droit. On distingue la grande rampe qui va nous mener à « l’araignée » de glace suspendue. On partira tout droit, pour faire à nouveau une belle longueur très technique en dry pur de 30m. La troisième longueur en rocher se fera en traversée droite avec un passage très aléatoire pour la pose de pieds et de piolets. Belle démonstration technique et mentale de Fred. La longueur se finira par une traversée dans de la neige/glace difficile à protéger sur 20m. Bilan, 80m de rocher en M6+ ou 6a en grimpe qui nous auront donné du fil à retordre.
De là, je reprends le lead, pour finir la journée.
Une grande traversée sur la droite nous fait prendre pied sur « l’araignée » suspendue. Un gaz époustouflant nous donne vue sur la Raie des fesses en contrebas. Pour les amateurs de Base jump, c’est un exit idéal !!!

Un nouveau bivouac (imprévu) s’impose.

Et oui, avec toutes ces longueurs, il est déjà 16h et nous sommes très loin de la sortie. 2 longueurs après, on décide d’arrêter pour confectionner notre second bivouac suspendu . Nous creuserons sur 1m50 de hauteur, 4 de long et 1 gros mètre de large pour pouvoir espérer poser nos fesses à plats.

Bilan de cette journée, 11 longueurs dont 3 en rocher, pour un total de 10h de grimpe.
Malheureusement, nos duvets n’ont pas pu sécher et seront même pour certains encore gelés. La nuit s’annonce agréable… Au repas du soir : 1 « lyoph » pour 3, 1 morceau de fromage et un bout de pain chacun. Il ne nous restera que 2 tartelettes chacun et du jambon pour le petit déjeuner du lendemain. Heureusement, le gaz ne nous fait pas défaut, ce qui permet de bien boire le soir même et, « à priori » jusqu’à la sortie…

Après une nuit sous le signe du vent et des spindrifts, même réveil à 6h45 et même objectif : sortir absolument de cette face! Il nous reste la moitié à grimper. Plus de nourriture, duvets trempés, et…plus de gaz après avoir fait fondre 3 petits litres d’eau pour la journée… En revanche, nous ne savons toujours pas ce qui nous attend au dessus. Cela ne devrait pas être trop dur théoriquement, mais le passage reste incertain.

Je continue à grimper. Les longueurs s’enchaînent sans trop de difficultés avec toujours cette glace fine à protéger. La partie finale est une belle goulotte en glace noire plus épaisse qui nous permettra de mettre enfin de bonnes broches. Nous atteignons le sommet : il est 15h.

Bilan de la journée : 13 longueurs.


On distingue enfin le soleil sur le glacier de Sialouze mais la partie n’est pas finie. Il nous reste la fameuse descente de la face sud du Pic Sans Nom. 3 rappels nous mènent sur une banquette de neige. Une longue traversée horizontale d’au moins 200 mètres sur la gauche nous mène au couloir le plus à l’Est du Pic. Un dernier rappel et nous voila sur le glacier. De là 10 minutes nous suffiront pour arriver à la Bosse de Sialouze et enfin profiter des joies de cette ascension ! 20 minutes de soleil pour nous requinquer,se relâcher et laisser retomber la pression. L’euphorie nous gagne…c’est l’heure de… la danse du soleil…!2h après nous avons regagné la voiture, et bientôt la maison, il sera 22 heures.

Ces trois jours en montagne ont été extrêmement intenses, psychologiquement, physiquement et humainement : l’ouverture de cette voie magnifique dans le style Alpin nous rappelle à l’essentiel :

3 potes dans une face mythique, les contraintes nécessaires et évidentes au vu des vivres, des difficultés de la course et des imprévus horaires.

Ici où nous n’avons de cesse d’apprendre de la Maîtresse du jeu, nous nous confortons encore dans l’idée que la cohésion d’une équipe et son niveau d’exigence réciproque sont la clé de toutes les victoires.

Jonathan Joly , Frédéric Degoulet et Benjamin Brochard vous saluent.



Matèriel :

Aucun matériel laissé (ni perdu) dans la face, juste 3 sangles à la descente.

Pour les répétiteurs : « Le Prestige des Écrins »

1000m. M6+ ou 6a/V/29 longueurs.
2 cordes de 60m
10/12 broches à glace
5 pitons
000 au 3 friends camalot X2 jusqu’au 1